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Marie-Hélène Almeida,
artiste peintre :
une quête de l'âme humaine

CONTE :
Les Amoureux et les Portes du Secret

Prologue et Chapitre 1 à 17

 

Prologue – Le Couloir des Portes ​​​

Il était une fois deux êtres qui s’aimaient d’un amour si pur que même le temps n’osait les séparer. 

Un soir, alors que la nuit tombait comme un voile, ils fermèrent les yeux ensemble et franchirent le seuil des songes. 

Quand ils les rouvrirent, ils se trouvaient dans un couloir infini. 

Les murs étaient faits d’ombre et de lumière, semblables à des draps suspendus dans le vent. 

De chaque côté, des portes hautes et silencieuses se dressaient. 

Chacune portait une marque étrange : une feuille, un oiseau, une étoile, un visage. Un oiseau noir et blanc surgit soudain du plafond invisible. 

Ses ailes battaient sans bruit, mais sa voix résonna dans l’air : 

— « Ce couloir est celui des songes. Chaque porte ouvre sur un fragment de votre voyage. Traversez-les toutes, et vous connaîtrez la vérité de votre amour. » 

Les Amoureux se regardèrent, troublés mais confiants. 

Ils avancèrent main dans la main. 

Devant eux, la première porte scintillait faiblement, ornée de branches fines qui semblaient frémir. 

Ils la poussèrent doucement. 

Et lorsqu’elle s’ouvrit, ils découvrirent **L’Arbre des Songes**. 

 

 

Chapitre 1 – L’Arbre des Songes 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La porte s’ouvrit, et aussitôt les Amoureux furent enveloppés d’un souffle tiède, parfumé d’humus et de pluie ancienne. 

Devant eux s’élevait un arbre immense, aux racines plongeant dans l’ombre et aux branches qui semblaient se perdre dans le ciel. 

Mais cet arbre n’était pas ordinaire.

Dans son tronc s’ouvraient des yeux, des visages, des silhouettes à demi effacées. Certains dormaient, d’autres veillaient, d’autres encore murmuraient des mots qu’aucun langage humain ne pouvait traduire. 

Chaque feuille bruissait comme un soupir, chaque fruit battait comme un cœur endormi. Les Amoureux s’approchèrent, fascinés. 

Une voix douce monta des racines : 

— « Je suis l’Arbre des Songes. De mes branches naissent vos rêves, et dans mon ombre se cachent vos secrets. » 

Alors, une pluie de feuilles tomba doucement autour d’eux. 

Chacune portait une image : un souvenir d’enfance, un geste oublié, un désir enfoui. Les Amoureux comprirent qu’ils se tenaient devant la mémoire invisible de tous les êtres. Ils se regardèrent longuement, le cœur bouleversé. 

Puis l’oiseau noir et blanc reparut sur une branche et dit : 

— « Vous avez vu la source des songes. Mais ce n’est que la première porte. D’autres mystères vous attendent. » 

Les Amoureux reprirent leur marche. 

La porte se referma derrière eux, et devant eux s’en dressait une autre, voûtée et obscure, semblable à une entrée de caverne. 

Ils s’en approchèrent. 

Et lorsqu’ils l’ouvrirent, ils pénétrèrent dans **L’Arche des Secrets**. 

 

 

 

Chapitre 2 – L’Arche des Secrets 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La deuxième porte s’ouvrit dans un souffle grave, comme si elle avait retenu sa respiration depuis des siècles. 

Les Amoureux entrèrent et découvrirent une voûte sombre, semblable à une arche de pierre suspendue dans l’ombre. 

Sur ses parois, des visages apparaissaient puis disparaissaient aussitôt, comme gravés dans la brume. 

Certains pleuraient, d’autres souriaient, mais aucun ne parlait.

Ils semblaient attendre, immobiles, porteurs de secrets que nul n’avait jamais confiés. Les Amoureux avancèrent sous cette arche mystérieuse. 

Le silence était si dense qu’ils sentaient leurs propres pensées devenir des voix étrangères. 

Soudain, un oiseau apparut, perché au sommet de la voûte. Ses plumes brillaient d’un éclat d’argent. 

Il parla : 

— « Ce lieu est l’Arche des Secrets. Chacun de ceux qui passe ici doit laisser une part de lui-même, un mot qu’il n’a jamais dit, une vérité qu’il n’a jamais osé offrir. » 

Les Amoureux se regardèrent. 

Ils comprirent qu’ils ne pouvaient franchir l’arche sans confier quelque chose de leur cœur. 

Alors, chacun murmura dans le silence une parole qui lui brûlait depuis longtemps les lèvres. 

À cet instant, l’arche frémit, et les visages gravés semblèrent sourire. Un souffle léger passa, et l’arche s’éclaira, ouvrant un chemin de lumière. 

Les Amoureux traversèrent, plus légers qu’auparavant, comme délestés d’un poids ancien. 

De l’autre côté, une nouvelle porte les attendait. 

Ses battants semblaient faits de voiles déployés, gonflés par un vent invisible. Ils posèrent la main dessus et sentirent un souffle passer entre leurs doigts. Alors, ils l’ouvrirent… et entrèrent dans **Les Voiles du Vent**. 

 

 

 

Chapitre 3 – Les Voiles du Vent

La porte se referma derrière eux, et aussitôt un souffle puissant les enveloppa. 

Devant les Amoureux s’étendait un navire immense… mais ce navire n’avait ni coque ni cordages. 

Il n’était fait que de voiles, tendues par un vent invisible, flottant dans l’espace comme des draps de lumière.

Chaque voile vibrait doucement, et dans ses plis se dessinaient des visages fugitifs, des silhouettes prêtes à s’élancer. 

Le navire avançait sans mer, sans rivage, porté uniquement par ce souffle mystérieux. Les Amoureux s’en approchèrent, fascinés. 

Le vent caressa leurs visages et murmura à leurs oreilles : 

— « Ici, nul capitaine ne commande. Les voiles du vent portent les âmes qui osent s’y abandonner. » 

Ils posèrent leurs mains sur une voile, et aussitôt des images apparurent : leurs propres souvenirs, leurs propres rêves, gonflés comme des toiles prêtes à s’ouvrir. 

Le navire ne semblait pas se diriger quelque part, mais partout à la fois. Alors l’oiseau des songes surgit, voletant au-dessus d’eux. 

— « Les voiles vous ont montré que le souffle du vent est aussi celui du cœur. Mais ce n’est que le début de votre voyage. » 

Le vent s’apaisa, et devant eux se dressa une nouvelle porte, sombre et richement ornée. 

Elle portait, gravée dans son bois, l’image d’une femme au visage pur, entourée de créatures fantastiques. 

Les Amoureux échangèrent un regard, puis poussèrent ensemble la porte. Ils pénétrèrent alors dans **La Gardienne des Chimères**. 

 

 

 

Chapitre 4 – La Gardienne des Chimères ​​

La porte s’ouvrit comme un souffle profond, et les Amoureux entrèrent dans un lieu étrange, presque inquiétant. 

Au centre se tenait une femme drapée d’ombre et de lumière. 

Son visage, calme et pur, semblait n’appartenir à aucun temps. 

Mais de son corps s’échappaient des créatures fabuleuses : oiseaux aux ailes de feu, bêtes aux regards anciens, chimères mi-humaines mi-animales qui s’agitaient autour d’elle comme une nuée vivante. 

Les Amoureux s’approchèrent, le cœur battant. 

La femme les fixa de ses yeux paisibles, et d’une voix douce, elle dit :

— « Ne craignez pas ces créatures. Elles ne sont pas mes ennemies, mais mes gardiennes. Elles portent mes secrets et mes forces. » 

Alors, l’une des chimères — à la fois loup et oiseau — vint se pencher vers les Amoureux. 

Dans son souffle, ils crurent entendre l’écho de leurs propres peurs, mêlé à la promesse d’une force cachée. 

La femme reprit : 

— « Tout être porte en lui ses chimères. Les fuir, c’est se perdre. Les accueillir, c’est se connaître. » 

Un silence suivit ses paroles, et les créatures se dissipèrent peu à peu dans l’air comme de la brume. 

La femme s’inclina, et les Amoureux sentirent qu’ils avaient reçu une leçon secrète : leurs ombres intérieures pouvaient devenir des alliées. 

Derrière la Gardienne apparut une nouvelle porte, immense, gravée de silhouettes voilées en marche. 

Les Amoureux la franchirent ensemble. 

Et aussitôt, ils furent entraînés dans **La Procession des Âmes**. 

 

 

 

Chapitre 5 – La Procession des Âmes 

​​

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La porte s’ouvrit dans un souffle grave, et les Amoureux se retrouvèrent plongés dans une obscurité douce. 

Un chemin s’étendait devant eux, et sur ce chemin marchaient des silhouettes voilées. Elles avançaient lentement, en silence, leurs pas glissant comme sur l’air. 

Certaines portaient des lampes éteintes, d’autres levaient les bras vers un horizon invisible. 

Leurs visages n’étaient pas distincts, mais leur présence était lourde de mémoire. On aurait dit une rivière d’ombres, s’écoulant sans fin vers une lumière lointaine. Les Amoureux observèrent, troublés par la gravité de ce cortège. 

Une des âmes tourna légèrement la tête, et sans un mot, leur adressa un regard si profond qu’ils sentirent leurs propres cœurs se mettre à battre au même rythme que cette marche.

L’oiseau des songes vola au-dessus du cortège et dit doucement : 

— « Voici la Procession des Âmes. Elles avancent sans fin vers la lumière. Ce sont les mémoires, les silences et les prières de tous ceux qui furent avant vous. » 

Les Amoureux, le souffle suspendu, se joignirent un instant à la marche. Ils sentirent qu’eux aussi faisaient partie de ce grand mouvement qui traverse le temps. Puis, au bout du chemin, une ouverture apparut, brillante et fragile. 

Ils s’y engouffrèrent, et la procession s’effaça derrière eux comme un rêve. Devant eux se dressait une nouvelle porte, éclatante, irradiant une lumière de braises. On y distinguait le contour d’un visage féminin, éclaté en mille fragments. Ils se regardèrent, et d’un même geste, poussèrent la porte. 

Ils entrèrent alors dans **La Femme-Éclat**. 

 

 

 

Chapitre 6 – La Femme-Éclat 

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La porte s’ouvrit comme un éclat de lumière, et les Amoureux furent baignés d’une clarté vibrante. 

Au centre du lieu se tenait une femme, immobile, mais son corps semblait trembler comme une flamme fragile. 

Ses contours n’étaient pas nets : ils se dédoublaient, se dispersaient, comme si elle était faite de fragments de lumière et d’ombre mêlés. 

De ses épaules jaillissaient des éclats : des plumes incandescentes, des étincelles, des éclairs d’or et d’argent. 

Ils s’élevaient autour d’elle, flottaient dans l’air, puis disparaissaient comme des braises dans la nuit. 

Son visage, pourtant, demeurait calme. 

Ses yeux regardaient droit devant, mais ils semblaient voir au-delà du visible, comme si leur horizon était plus vaste que celui des hommes. 

Elle parla enfin d’une voix douce et claire : 

— « Je suis faite de fragments. Chaque éclat est une part de moi, mais aussi une part de vous. Rien n’est jamais perdu : tout se disperse, tout revient, tout brille un instant avant de s’éteindre. »

Les Amoureux tendirent la main, et un éclat vint se poser dans leur paume. Il brûlait légèrement, mais il contenait une chaleur douce, semblable à un souvenir revenu. L’oiseau des songes parut, voletant autour de la femme. 

— « Elle vous a offert un éclat de mémoire. Gardez-le précieusement : il vous guidera dans l’ombre. » 

La lumière commença à se replier sur elle-même, et derrière la femme apparut une nouvelle porte. 

Sur celle-ci, les Amoureux distinguèrent le dessin d’ailes déployées, et dans la lumière, un profil féminin se fondant dans le ciel. 

Ils avancèrent ensemble, posèrent la main sur le battant, et franchirent la porte. Ils pénétrèrent alors dans **La Femme-Oiseau**. 

 

 

 

​​Chapitre 7 – La Femme-Oiseau ​​

La porte s’ouvrit dans un souffle léger, comme traversée par le battement d’ailes invisibles. 

Les Amoureux levèrent les yeux : devant eux se dressait une femme élancée, son visage pur encadré de longues plumes qui semblaient naître de ses cheveux. 

Ses bras s’étendaient dans l’air comme pour s’élancer, et de ses épaules s’ouvraient des ailes immenses, faites de lumière et d’ombre mêlées. 

Autour d’elle, des oiseaux tournoyaient. Certains avaient des yeux d’astres, d’autres portaient dans leurs plumes les couleurs de l’aube ou de la nuit. 

Chaque battement d’aile résonnait comme une parole muette, un langage que seuls les rêveurs pouvaient entendre. 

La femme les observa longuement, puis dit d’une voix qui ressemblait au vent : 

— « Je suis messagère entre la terre et le ciel. Là où vos pas s’arrêtent, mes ailes commencent. Celui qui accepte l’envol connaît la vérité des hauteurs. » 

Un oiseau s’approcha des Amoureux et se posa sur leur épaule. 

Son plumage vibrait, et ils sentirent leur cœur s’alléger, comme prêt à quitter le sol. L’oiseau des songes vint alors se poser à ses côtés.

— « Vous avez rencontré la Femme-Oiseau. Son don est l’élan : gardez-le, car il vous faudra traverser bien des hauteurs et des abîmes. » 

Peu à peu, les oiseaux disparurent dans la lumière. 

Les ailes de la femme se replièrent, et derrière elle se dessina une porte sombre et verticale, sculptée de visages superposés. 

Les Amoureux la touchèrent, et aussitôt ils se retrouvèrent devant une colonne mystérieuse. Ils entraient dans **Le Totem**. 

 

Chapitre 8 – Le Totem 

​​​

La porte se referma derrière eux avec un grondement sourd. 

Les Amoureux levèrent les yeux : devant eux s’élevait une colonne vertigineuse, sombre et fragile, qui semblait toucher le ciel des songes. 

Ce n’était pas de pierre ni de bois : le Totem était fait de visages superposés, de masques muets, de créatures suspendues dans l’ombre. 

Certains riaient, d’autres pleuraient, d’autres encore semblaient crier sans voix. Chaque figure vibrait comme si elle contenait une histoire oubliée. 

Les Amoureux restèrent immobiles, troublés par cette verticalité habitée. Un vent froid passa entre les fissures de la colonne et fit résonner les voix silencieuses. Elles chuchotaient, lointaines, comme des échos enfouis dans la mémoire du monde. Alors l’oiseau des songes vint se poser au sommet du Totem. 

— « Voici la colonne des visages anciens. Chaque figure est une mémoire, un éclat d’âme oublié. Regardez-les, écoutez-les, et sachez que rien ne disparaît jamais. » 

Les Amoureux fermèrent les yeux. 

Dans leur poitrine résonna un tumulte de voix, comme si le Totem éveillait en eux les échos de tous ceux qui avaient vécu avant eux. 

Lorsqu’ils rouvrirent les yeux, la colonne se dissolvait lentement dans l’air. À sa place s’ouvrait une porte vivante, incrustée dans un immense tronc d’arbre. Un oiseau se tenait déjà perché sur la branche la plus basse, comme un gardien.

Main dans la main, les Amoureux franchirent ce seuil et pénétrèrent dans **Le Secret de la Porte de l’Arbre**. 

 

Chapitre 9 – Le Secret de la Porte de l’Arbre ​​​​​​​

La porte se referma derrière eux, et les Amoureux se retrouvèrent au pied d’un arbre gigantesque. 

Son tronc était si large qu’il semblait soutenir le ciel, et en son centre s’ouvrait une arche discrète, sculptée de racines enlacées. 

L’air y était lourd et profond, comme chargé d’un secret que la terre refusait de livrer. Sur une branche basse, un oiseau les observait. 

Ses yeux brillaient d’un éclat d’étoile, et sa voix, quand il parla, vibra comme un souffle ancien : 

— « Ceci est la Porte de l’Arbre. Elle n’obéit pas aux mains, mais aux âmes. Celui qui désire entrer doit confier un secret à l’arbre. » 

Les Amoureux se regardèrent, troublés. 

Le silence était si dense qu’ils sentirent leurs cœurs battre comme des tambours. 

Alors, l’un après l’autre, ils posèrent la main contre l’écorce et murmurèrent ce qu’ils n’avaient jamais osé dire. 

L’arbre frémit doucement. 

Ses feuilles se penchèrent vers eux, comme pour écouter. 

Puis l’arche s’illumina d’une clarté verte et s’ouvrit lentement. 

Les Amoureux franchirent le seuil, allégés de leur fardeau, mais pénétrant dans une atmosphère vibrante, presque douloureuse, comme si le passage exigeait une transformation. 

Devant eux se tenait une nouvelle porte, aux contours mouvants. 

Sur ses battants apparaissait l’image d’un corps féminin se transformant peu à peu en créature ailée. 

Ils comprirent qu’ils entraient dans un lieu où rien ne demeure fixe. Ils s’élancèrent et franchirent la porte. 

Ils pénétrèrent alors dans **La Métamorphose**.

 

​​​​​Chapitre 10 – La Métamorphose

La porte s’ouvrit comme une respiration lente, et les Amoureux entrèrent dans un espace vibrant. 

Au centre reposait une femme, allongée dans l’ombre, semblable à une dormeuse. 

Peu à peu, son corps se dédoubla : d’elle jaillirent des silhouettes successives, chacune plus légère que la précédente, comme si elle quittait couche après couche tout ce qui la retenait à la terre. 

De ses flancs surgirent des formes étranges : visages de songes, bêtes fugaces, fragments de mémoire. 

Puis, dans un souffle, ses épaules s’ouvrirent, et de fines plumes s’épanouirent. Son corps se redressa lentement, et ses bras devinrent des ailes. 

Elle s’éleva, fragile mais souveraine, comme une flamme qui trouve son ciel. 

Les Amoureux, bouleversés, comprirent qu’ils assistaient à une naissance nouvelle : la chair devenue lumière, l’humain devenu oiseau, le terrestre devenu céleste. 

L’oiseau des songes apparut et dit doucement : 

— « Ce que vous voyez est *la Métamorphose*. Tout être, pour franchir son destin, doit mourir à ce qu’il était et renaître à ce qu’il ignore. » 

Alors la femme ailée disparut dans l’air, et une nouvelle porte s’ouvrit dans la lueur de son envol. 

Ses battants brillaient d’un cercle d’or, semblable à un anneau suspendu. Les Amoureux se prirent la main et avancèrent d’un même pas. 

Ils franchirent la porte et entrèrent dans **Le Passage**. 

 

 

Chapitre 11 – Le Passage ​​​

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La porte s’ouvrit sur une lueur circulaire, et les Amoureux découvrirent un anneau immense, suspendu dans le vide. 

Il brillait d’une lumière douce mais impérieuse, comme s’il appelait à être franchi.

Autour de lui, l’air vibrait, et le silence était si dense qu’il semblait contenir toutes les voix du monde. 

Les Amoureux s’avancèrent, mais leurs pas se firent lourds. 

Ils comprirent que l’anneau n’était pas seulement un seuil : il était une épreuve. À mesure qu’ils s’approchaient, leurs corps semblaient se transformer. 

Des fragments d’ombre se détachaient d’eux, tombant comme des voiles déchirés, tandis que de leurs épaules jaillissaient des élans de lumière. 

Main dans la main, ils franchirent l’anneau. 

Leur souffle se mêla, et une force invisible les souleva comme une vague. 

Ils sentirent leurs cœurs battre à l’unisson, leurs formes se fondre l’une dans l’autre, et l’espace lui-même s’ouvrir sous leurs pas. 

Quand ils émergèrent de l’autre côté, ils n’étaient plus tout à fait les mêmes. Ils étaient à la fois plus fragiles et plus vastes, porteurs d’un souffle nouveau. L’oiseau des songes, planant près de l’anneau, murmura : 

— « Ainsi est *le Passage*. On n’en ressort jamais tel qu’on y est entré. » Devant eux, une nouvelle porte apparut. 

Elle brillait d’une clarté douce et attirante, comme si elle appelait à une rencontre mystérieuse. 

Sur ses battants se dessinaient deux silhouettes face à face, reliées par un fil invisible. Les Amoureux échangèrent un sourire, puis poussèrent ensemble la porte. Ils pénétrèrent dans **L’Enchantement**. 

 

 

 

Chapitre 12 – L’Enchantement 

 

​​​​

La porte s’ouvrit sur une clairière silencieuse. 

La lumière y était douce, comme au lever du jour, et l’air vibrait d’une présence invisible. 

Au centre se tenaient deux silhouettes qui se faisaient face.

Elles ne parlaient pas, elles ne bougeaient pas, mais entre leurs regards tendus circulait une force mystérieuse. 

Les Amoureux s’approchèrent, fascinés. 

Ils sentirent eux aussi ce fil invisible, ce souffle magnétique qui reliait les deux êtres. 

Ce n’était ni une promesse ni un serment, mais une attraction pure, plus forte que le temps. 

Alors la clairière se mit à frémir. 

Les arbres inclinèrent leurs branches, comme pour retenir ce moment, et même les ombres semblèrent se figer, captives de ce lien muet. 

L’un des êtres leva lentement la main vers l’autre. 

Dans ce simple geste se trouvait une vérité si profonde que les Amoureux en furent bouleversés : l’amour est un enchantement qui dépasse les lois du monde. 

L’oiseau des songes apparut, planant au-dessus d’eux. 

— « Voici *l’Enchantement*. C’est le souffle qui attire deux âmes au-delà des mots et des serments. C’est la magie silencieuse qui change une rencontre en destin. » 

La clairière s’effaça doucement, et une nouvelle porte apparut. 

Sur ses battants, les Amoureux virent gravée une coupe mystérieuse, débordant de figures et de créatures enchevêtrées. 

Ils comprirent que le prochain seuil ne leur offrirait pas seulement une vision, mais une révélation. 

Ils s’élancèrent et franchirent la porte. 

Ils entrèrent alors dans **Le Génie de la Coupe**. 

 

 

Chapitre 13 – Le Génie de la Coupe 

​​​​​​​La porte s’ouvrit, et les Amoureux furent enveloppés par une ombre épaisse, traversée de reflets mouvants. 

Au centre de la salle se trouvait une immense coupe, plus grande qu’un être humain. 

Elle n’était ni d’or ni de pierre : son bord était tissé de visages, ses flancs grouillaient de créatures mi-humaines mi-animales, ses reflets ondulaient comme une eau vivante. 

Les Amoureux s’en approchèrent avec crainte.

Dans les profondeurs sombres de la coupe, ils virent leurs propres reflets se déformer, se multiplier, se briser. 

Des murmures montaient du vase, tantôt doux, tantôt menaçants, comme si des voix anciennes s’agitaient en son sein. 

Soudain, un souffle s’éleva. 

Un génie invisible, fait de brume et de lumière, s’exhala du fond de la coupe. Sa voix résonna dans l’air, grave et profonde : 

— « Qui ose contempler mon domaine doit regarder au plus profond de lui-même. Je ne montre pas ce que vous désirez, mais ce que vous craignez. Je ne révèle pas vos victoires, mais vos vérités. » 

Les Amoureux baissèrent les yeux vers la coupe. 

Ils y virent leurs propres peurs : la séparation, la perte, le silence. 

Mais dans ce miroir mouvant, ils virent aussi leur courage et leur lien indestructible. Alors le génie se dissipa dans l’air, laissant derrière lui un parfum de cendres et de rosée. La coupe s’effaça lentement, et une porte apparut dans son creux vide. 

Ses battants étaient peints d’un damier noir et blanc, s’étendant à perte de vue comme un échiquier sans fin. 

Les Amoureux comprirent qu’ils allaient marcher sur le terrain du destin. Ils poussèrent la porte et entrèrent dans **L’Échiquier de la Vie**. 

 

Chapitre 14 – L’Échiquier de la Vie 

 

La porte s’ouvrit dans un souffle sec, et les Amoureux se retrouvèrent au bord d’un vaste damier noir et blanc qui s’étendait à perte de vue. 

Chaque case vibrait comme une pierre vivante, et sur certaines d’entre elles se dressaient des silhouettes étranges : cavaliers aux têtes d’animaux, fous rieurs, reines voilées, pions aux visages muets. 

Un silence pesant régnait sur ce champ. 

Pourtant, chaque fois que les Amoureux posaient un pied sur une case, le sol résonnait comme un tambour, et les figures immobiles semblaient les observer. 

Ils comprirent qu’ils n’étaient pas face à un simple jeu, mais à une épreuve.

Chaque pas, chaque choix modifiait le paysage, dessinant une route invisible. 

À mesure qu’ils avançaient, les silhouettes s’inclinaient ou se détournaient, comme pour sanctionner ou approuver leur passage. 

Soudain, l’une des reines s’anima. 

Son voile se souleva, et une voix s’éleva : 

— « Ici, nul ne gagne ni ne perd. Chaque mouvement est une leçon, chaque chute une étape. Le seul échec est de refuser d’avancer. » 

Les Amoureux échangèrent un regard, puis continuèrent leur marche, pas après pas, sans craindre les figures. 

Quand ils atteignirent l’autre bord du damier, le jeu entier se dissipa comme une brume au soleil. 

Devant eux apparut une porte plus douce, gravée d’une étreinte. 

Les contours semblaient palpiter, comme si le bois lui-même respirait. Les Amoureux posèrent leurs mains ensemble sur les battants, et la porte s’ouvrit. Ils pénétrèrent alors dans **Les Amoureux**. 

 

 

 

Chapitre 15 – Les Amoureux 

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​​

La porte s’ouvrit, et les Amoureux crurent entrer dans un miroir. 

Devant eux se tenaient deux silhouettes, étrangement semblables à eux-mêmes. 

L’un était agenouillé, tourné vers l’autre avec une dévotion silencieuse ; l’autre s’élevait déjà, son corps se fondant dans un élan de lumière, entouré de formes ailées et de créatures surgies du rêve. 

Les Amoureux restèrent immobiles, bouleversés. 

C’était comme si leur amour avait été gravé dans l’espace même, comme si le monde des songes avait voulu immortaliser leur union. 

Ils s’approchèrent, et sentirent que ce qu’ils voyaient n’était pas une simple image, mais une révélation : leur lien était une force qui les transformait, une ascension qui les dépassait. 

Autour d’eux, les formes ondulaient : visages d’ombres, ailes déployées, fragments de mémoire.

Tout naissait de l’étreinte de ces deux êtres, comme si leur amour nourrissait le monde invisible. 

Alors l’oiseau des songes apparut et dit : 

— « Ce que vous contemplez n’est pas un reflet, mais un secret : l’amour véritable n’est pas un lien terrestre. Il est une métamorphose. » 

Les Amoureux, le cœur vibrant, comprirent que ce voyage n’était pas seulement un chemin vers l’inconnu, mais aussi une traversée vers eux-mêmes. 

La vision se dissipa lentement, et devant eux se dressa une nouvelle porte, droite et austère. 

Trois silhouettes étaient gravées dans ses battants, semblables à des tours dressées vers le ciel. 

Les Amoureux s’avancèrent, et la porte s’ouvrit d’elle-même. 

Ils pénétrèrent dans **Les Fées**. 

 

Chapitre 16 – Les Fées 

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La porte s’ouvrit sur un silence profond, presque solennel. 

Dans une vaste clairière se dressaient trois femmes immobiles. 

Elles portaient de longs manteaux d’ombre et de lumière qui descendaient jusqu’au sol, si droits qu’elles semblaient confondues avec des colonnes ou des tours. 

Leurs visages étaient calmes, leurs yeux d’une profondeur insondable. 

Elles ne parlaient pas, elles ne bougeaient pas, mais leur présence seule emplissait l’espace d’une force mystérieuse. 

Autour d’elles, l’air vibrait doucement, comme si leurs souffles invisibles faisaient frémir le monde. 

Les Amoureux s’approchèrent, mais à mesure qu’ils avançaient, ils sentirent leurs propres pensées se dénuder. 

Ils comprirent que les Fées n’offraient ni bénédiction ni malédiction, mais un miroir intérieur. 

Elles n’accordaient pas de dons : elles éveillaient les vérités enfouies. 

Alors l’une d’elles leva légèrement la tête, et les Amoureux entendirent en eux-mêmes une voix muette :

— « Tout ce que vous cherchez est déjà en vous. Mais le voyage est nécessaire pour que vous l’entendiez. » 

Les trois silhouettes se figèrent à nouveau, droites et silencieuses. 

Puis, derrière elles, une dernière porte apparut. 

Elle n’était pas faite de bois ni de pierre, mais de racines enlacées et de souffles d’ombre. 

On aurait dit qu’elle était tissée des présences elles-mêmes. 

Les Amoureux se prirent la main, sentant qu’ils touchaient à l’ultime mystère. Ils franchirent la porte et pénétrèrent dans **Le Nœud des Présences**. 

 

 

Chapitre 17 – Le Nœud des Présences 

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La porte s’ouvrit, et les Amoureux pénétrèrent dans une obscurité douce. Au centre se tenait un cercle de figures drapées, penchées les unes vers les autres. 

Elles formaient une assemblée silencieuse, un entrelacs vivant, comme des racines tissées en un seul tronc. 

Aucune ne parlait, mais toutes respiraient ensemble, et ce souffle commun emplissait l’espace. 

Les Amoureux sentirent leurs propres cœurs se mettre au rythme de ce cercle. 

Chaque visage leur paraissait à la fois étranger et familier, comme si une part oubliée d’eux-mêmes s’était assise dans cette ronde. 

Ils comprirent alors que ce lieu n’était pas une salle ni une vision, mais un lien : le point où toutes les âmes, vivantes ou disparues, se rejoignent. 

L’oiseau des songes plana au-dessus d’eux et murmura : 

— « Voici *le Nœud des Présences*. Nul ne peut le dénouer, car il n’est pas fait de cordes, mais d’âmes. Chacun qui entre ici reconnaît une part de lui-même et comprend qu’il n’est jamais seul. » 

Les Amoureux fermèrent les yeux. 

Le cercle se resserra autour d’eux, et un instant, ils sentirent qu’ils étaient unis à tout ce qui avait été et tout ce qui serait. 

Puis le cercle s’ouvrit, et une lumière douce jaillit, effaçant peu à peu les silhouettes.

Devant eux, le couloir réapparut. 

Toutes les portes qu’ils avaient franchies s’étaient éteintes dans l’ombre. Il ne restait plus qu’une clarté, au bout du chemin. 

Main dans la main, les Amoureux s’y avancèrent. 

 

Épilogue – La Sortie du Couloir

​​​​​​

Les Amoureux marchèrent jusqu’au bout du couloir. 

Derrière eux, les portes qu’ils avaient franchies s’effaçaient une à une, comme des rêves au réveil. 

Il ne restait que le souvenir vibrant de chaque monde, inscrit dans leur cœur. 

Devant eux brillait une lumière douce, ni éclatante ni aveuglante, mais accueillante, comme l’aube d’un jour nouveau. 

Ils se serrèrent la main et franchirent le seuil ensemble. 

Aussitôt, le couloir disparut. 

Ils se retrouvèrent dans un espace sans mur ni plafond, empli d’un souffle paisible. 

Ils comprirent que chacun des lieux traversés — l’Arbre, l’Arche, le Vent, la Coupe, l’Échiquier, le Nœud — n’avait pas été extérieur à eux, mais intérieur. 

Chaque porte avait ouvert un fragment de leur être, chaque vision les avait rapprochés de leur vérité. 

L’oiseau des songes vola une dernière fois autour d’eux et dit : 

— « Vous avez vu ce que nul ne voit éveillé. Vous avez franchi les 17 seuils, et chacun d’eux vit désormais en vous. Le rêve ne vous quitte pas : il vous accompagne. » 

Puis il disparut dans la lumière. 

Les Amoureux restèrent seuls, mais transformés. 

Ils savaient que leur voyage ne faisait que commencer, car ce qu’ils avaient découvert dans le monde des songes rayonnait désormais dans leur propre vie. 

Et c’est ainsi que s’acheva leur traversée des portes. 

Mais au fond des rêves, le couloir demeure… attendant les prochains voyageurs.

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